Difficile de passer à coté du terme « Matrescence » depuis quelques mois. Mis en lumière notamment par Clémentine Sarlat par ses podcasts du même nom, il se cache derrière ce concept une vraie révolution pour le post-partum de la mère.

Mais qu’est-ce que cela signifie exactement, quel est son origine et quelles seraient les pistes pour rendre cette période plus douce?
Voici un éclairage synthétique sur cette période de transition pas si anodine:

La matrescence en quelques mots

Il s’agit de la contraction des mots « maternité » et « adolescence ». Son nom annonce le parallèle que l’on peut faire avec la période de transition si connue des jeunes avant de passer à l’âge adulte.
La Matrescence désigne la période qui suit l’accouchement, ce moment où la mère doit dans un même temps se remettre de l’accouchement, faire connaissance avec son enfant, répondre à ses besoins, et donc apprendre à vivre avec cet être si dépendant et vulnérable. Cela implique de sortir d’une zone de confort avec un mélange d’émotions positives et négatives, d’amour et de doutes.
Cela nécessite de renoncer à son fantasme de mère parfaite, prête à vivre cette expérience et parfois idéalisée. « La maternité peut constituer typiquement une expérience douce-amère, comme la plupart des périodes de transitions de vie » souligne le Dr Sacks que je cite plus bas.

La Matrescence est à distinguer du baby blues ou de la dépression post-partum. Il s’agit bien d’un état non pathologique bien que bouleversant. De nombreuses perturbations sont constatées lors de cette période:  physiologiques, physique et psychologique. « Les neurosciences apportent même des preuves de perturbations cérébrales«  Clémentine Sarlat (cités plus bas).

Je parle de révolution dans mon introduction car le simple fait de poser un mot sur cette période permet aux femmes d’avoir la certitude qu’elles vivent ou qu’elles ont vécu quelque chose de normal. Cela permet aussi d’anticiper cette période comme une phase identifiée, connue, avec donc plus de réassurance et moins de surprise. L’éclairage sur cette phase semble offrir également la possibilité de poser au moins autant d’attention sur la naissance de la mère que sur celle du bébé.
Chaque Matrescence est unique car elle dépend de l‘expérience, du vécu de la femme, de son entourage et de ses ressources. Cependant, elle existe et ce tiraillement entre deux états mérite en effet d’être caractérisé.

Origine du concept de la Matrescence

C’est à Dana Louise Raphael, anthropologue animale américaine que nous devons la proposition de ce concept en 1973 dans son livre « Being female ». 
Elle y parle de cette période de bouleversements et invite à poser une attention toute particulière sur cette phase de transformation. C’est aussi elle qui invente le mot « Doula » en 1976 avec cette même intention de développer des compétences spécifiques aux soignants et accompagnants des futures et nouvelles mères.

Aux Etats-Unis, Dr Alexandra Sacks, psychiatre de la reproduction, poursuit l’étude de ce concept et publie en 2017 dans le New York Times un article qui s’annonce comme un plaidoyer : « La naissance d’une mère ». Cet écrit complet et éloquent deviendra l’un des plus lu de l’histoire du journal. L’année d’après, elle se fait remarquer au niveau international par son intervention au cours d’une conférence TED.

En France, c’est à Clémentine Sarlat que nous devons la mis en avant de ce terme. Journaliste sportive, elle a elle-même était confronté à ces différents tourments en devenant maman. Ces questionnements et recherches l’ont menée aux travaux de D.L. Raphael et Dr Sacks et souhaite à présent diffuser largement ce concept pas assez connu. Elle propose des podcasts sur différents thèmes avec des invités professionnels et des parents qui parlent de leurs connaissances et expériences autour de la naissance de la parentalité.

 

Quelques pistes pour rendre cette période plus sereine:

Faire confiance à son intuition

L’apaisement de cette période n’est pas liée à l’expérience que l’on a en parentalité mais en la capacité de s’écouter et de faire confiance en ses ressentis.
Il est indispensable de prendre un peu de distance avec les conseils que l’on peut lire ou entendre sur les façons de s’occuper de son enfant, d’autant qu’ils peuvent être contradictoires. (j’encourage toute fois plus bas de se rassurer auprès de son entourage sur les aléas de cette période et prendre des conseils plutôt d’ordre logistique)
Le temps fait bien les choses, la rencontre avec bébé et la lecture de ses émotions peut mettre du temps. Il s’agit là d’être tolérant et bienveillant avec soi-même.
Il est aussi important de se rassurer sur le fait que ces doutes ne sont pas à relier avec un manque d’amour maternel; beaucoup de mères s’interrogent à ce moment là sur leur futures capacités à aimer véritablement ce petit-être qu’elles viennent de mettre au monde.

Prendre soin de soi et de son corps

Les changements physiques et physiologiques lors de cette période sont si nombreux.
La phase du post-partum peut être douloureuse et épuisante. C’est un temps de récupération.
Dans beaucoup de cultures, nous retrouvons la nécessité de préserver le corps des mères dans les 40 premiers jours. Céline Chadelat  et Marie Mahé-Poulin dans leur ouvrage « Le mois d’or » (terme emprunté du mandarin pour décrire le mois qui suit l’accouchement) conseillent de se créer un coin douillet et chaleureux spécialement prévu pour se reconnecter avec soi-même.
Il est important de se faire du bien, de se « réparer » sans culpabiliser pour mieux prendre soin de son enfant.

En parler et demander de l’aide sans tabou

L’entourage est précieux lors de la Matrescence. Il permet déjà de s’informer pour se rassurer sur le fait que cette transition est vécue pour la grande majorité des femmes. Il permet aussi à la mère de se sentir moins seule. Il est nécessaire de pouvoir identifier 1 ou 2 personnes à qui la mère pourra se livrer sans crainte d’être jugée. Se sentir écouter et comprise par des personnes de confiances est là une clé pour mieux accueillir cette zone de turbulence.
Combien de femmes se sont senties débordées sans savoir vraiment pourquoi au retour de la maternité. Ne pas hésiter à demander de l’aide et de la présence. Une fois de plus il serait improbable dans bons nombre de cultures de laisser une nouvelle mère seule le 1er mois après l’accouchement!

Discuter et anticiper au mieux avec le ou la conjoint(e)

Il s’agit tout d’abord de sensibiliser le ou la partenaire afin de lui donner le plus de clés possibles pour lui permettre de comprendre tout ce qui se joue pour la mère pendant cette phase cruciale de transformation. Sa présence, son écoute et son aide contribuera à rendre ce tourment plus doux. Beaucoup de conjoints parlent de leur sensation d’impuissance face aux troubles de la mère; leur dire que c’est normal et passager les rassure.

 

Pour finir, j’aimerais espérer que le concept de « patrescence » soit également exploré car il est indiscutable que le ou la conjoint(e) vit à son niveau une transition non négligeable. Il est d’ailleurs désormais identifié que les parents adoptifs passent par des étapes très similaires à celles de la matrescence.

J’espère que cet article vous a plu. Peut-être a t-il fait écho à votre matrescence ou vous y prépare t-il. N’hésitez pas à me faire part de votre expérience ou vos questionnement je me ferais un plaisir d’y répondre.

Quelques références pour aller plus loin:

 

Illustration: Hanna Lee Joshi