Il existe multiples articles sur l’accueil des émotions du tout-petit présentant les postures adaptées des parents ou des professionnels. Ces conseils sont indiscutables cependant ils peuvent être accueillis avec quelques doutes et réticences quand pour nous adultes il n’est pas évident d’accueillir nos propres émotions.

Qu’est-ce qu’une émotion?

Il n’est pas aisé de trouver une définition claire du concept d’émotion, “Tout le monde sait ce qu’est une émotion, jusqu’à ce que vous lui demandiez de la définir” (Fehr and Russel – 1984).
Selon Charles Darwin (1879), il s’agit d’une “réaction innée, universelle et communicative. Isabelle Filliozat (2007), plus récemment, la décrit comme “un état affectif intense, caractérisé par une brusque perturbation physique et mentale”.
Paul Ekman (1972), lui, décrit les 6 émotions de base: La joie, la tristesse, la peur, la colère, le dégout et la surprise. Gardons-les comme principales mais il peut y en avoir de multiples autres décrites.
“Une émotion dure au plus 90 secondes” (Isabelle Filliozat) et ce qu’il en reste est associé aux pensées immatérielles qui enveloppent l’expériences.
Dans les années 90, le professeur Antonio DAMASIO considère que les émotions sont indispensables aux décisions rationnelles. Suite à des travaux de recherche sur la compréhension des émotions, il établit que l’expression d’une émotion peut être irrationnelle d’où une réaction immédiate et instinctive lorsqu’elle se base sur la mémoire émotionnelle. Si elle fait appel au cortex (partie supérieure du cerveau centre du raisonnement et de la prise du recul, efficient après 6-7 ans), c’est le lieu de réflexion d’où une réaction rationnelle qui permettra d’avoir une adaptation et une réaction plus réfléchie.

Pour rappel, le jeune enfant n’a pas la possibilité de rationaliser et de prendre du recul sur les situations. C’est pour cette raison que ses réactions, parce que reliées au cerveau émotionnel, peuvent sembler irrationnelles et débordantes.

Mais qu’en est-il de nos réactions face à nos propres émotions?

A notre époque, dans notre société, dans notre culture nous a-t-on permis plus jeune d’exprimer librement toutes nos émotions? Nous sommes nous sentis écouter et valoriser dans nos crises de colère? A-t-il était simple de se plaindre, de laisser-être ce que notre corps cherchait à exprimer?

Finalement, notre expérience ne nous a t-elle pas mené à penser que nos émotions sont nos ennemies, celles qui nous trahissent au quotidien quand elles débordent et nous font réagir d’une façon impulsive et incohérente?

Sans faire de généralité, je me permets de m’inclure dans ce questionnement car j’ai dû m’interroger personnellement en tant que soignante, thérapeute et mère.
Ces questions reviennent à identifier si nous sommes suffisamment outillés pour élaborer une réponse raisonnable face aux réactions archaïques et imprévisibles de nos enfants, et donc dotés d’un cerveau pré-frontal opérationnel ou si nous réagissons plutôt avec notre cerveau limbique (mémoire émotionnelle).

Quand il s’agit d’accueillir l’émotion de l’enfant…

Il est évident que si nous cherchons à accueillir de façon bienveillante les émotions de nos enfants c’est pour leur permettre en grandissant de développer leur fameux cortex pré-frontal et ainsi de réguler consciemment leurs émotions avec le temps. Mais avons-nous nous-même bénéficier de cet accompagnement plus jeune et jusqu’à aujourd’hui? Avons-nous suffisamment développer notre intelligence émotionnelle pour cet accompagnement qui peut réveiller des automatismes difficiles à réguler?

Voilà certainement ici une des raisons pour lesquelles certains parents peuvent se sentir démunis face aux réactions archaïques: L’impossibilité d’accueillir raisonnablement les réactions soudaines de leur enfant.

Quelques pistes pour réguler ses émotions:

Cette liste non exhaustive accompagne une prise de conscience et permet d‘entamer un travail de régulation de ses propres émotions.

  • Une émotion se traduit par des réactions motrices (crampes, tremblements…), comportementales (envie de se fuir, d’attaquer, de hurler…) et physiologiques (pâleur, rougeur, palpitation…). Un premier travail serait d‘identifier ses réactions et l’émotion qui les provoque. Avec le temps cela pourrait permettre d’anticiper et de reconnaitre au premier signe cette émotion qui passe et ainsi limiter “les dégâts”.
  • Nous avons pour habitude de poser une valence sur les émotions, c’est à dire de les qualifier de positives (joie, amour) ou négatives (colère, tristesse). Cette conception binaire emmène à penser que les bonnes sont à garder et les mauvaises à refouler avec un risque de déni. Prenons conscience de cette idée-reçue et laissons-être de manière légitime toutes les émotions quelqu’elles soient sans culpabilité ni rejet. C’est vrai qu’il existe des émotions plus agréables que d’autres pour autant, elles ont toutes des raisons d’exister.
  • Mettre des mots sur ses émotions, les dire, contribue également à développer son intelligence émotionnelle pour soi et pour développer de nouveaux codes avec son entourage. C’est indispensable, il me semble dans ses relations intimes, de couple notamment. Attention toute-fois à le faire auprès d’interlocuteurs bienveillants, “disponibles, partageant les mêmes références culturelles que nous” (Christophe André)
  • Enfin, l’entraînement aux techniques de méditation de type Mindfullness (de pleine conscience), dont les bienfaits dans la régulation des émotions ont été largement démontrés, aide à voir les choses sans juger, ni anticiper, ni ruminer : pour juste être là et à observer de façon « neutre » ses états émotionnels. (Cf stages MBSR et ouvrages de Christophe André)

Dites nous en commentaires où en êtes vous vis à vis de vos émotions…

Pour aller plus loin je vous invite à écouter la conférence ” Comment gérer ses émotions?” 

Image libre de droit