Depuis une dizaine d’années, les principes d’éducation positive ou bienveillante (ou autre appellations) sont de plus en plus répandus. Ils sont basés sur la confiance et la communication à l’enfant et encouragent les professionnels de l’enfance et les parents à laisser de coté les pratiques telles que les menaces, les punitions et toutes sortes de violence.
Ces nouvelles méthodes offrent la possibilité d’une autre relation avec l’enfant en considérant ses émotions, le respect de son rythme et son immaturité cérébrale (pour les plus jeunes).
Son engouement est justifié par la fiabilité des sources basées sur des recherches neuro-scientifiques qui viennent confirmer les découvertes plus anciennes et plus développées en psychologie du développement.

Il n’est plus question de remettre en doute le bien fondé de cette démarche humaniste. Cependant il m’arrive souvent d’accompagner des parents démunis devant leurs difficultés à appliquer une méthode qui demande tant de patience et d’énergie pour accueillir les émotions de leur enfant, sans parler des complications lorsqu’il y a une fratrie.

Un écart entre ce que l’on peut et ce que l’on aimerait. 

Bien que la démarche soit souvent personnelle, les parents se retrouvent souvent perdus dans leur quête d’outils et de méthodes pour être “un bon parent”.
Au quotidien ces derniers viennent se heurter aux schémas éducatifs propres à chacun d’eux.
En plus de cela s’ajoute les conseils et jugements de l’entourage plus ou moins proche qui prennent souvent plusieurs orientations.
Autre facteur indissociable aux premières années de parentalité: le manque de sommeil.
Enfin, nous pouvons émettre un doute quand à l’aptitude de la société en général à laisser davantage de place à l’enfant et à rendre plus disponible le parent.

Ces éléments provoquent inévitablement un trouble et finalement une distance entre l’éducation souhaitée et l’éducation possible.
Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak, toutes les deux docteurs en psychologie et spécialistes en “burn out parental”  évoquent alors comment la joie d’être parent peut vite se transformer en tâche terriblement épuisante quand le stress fait émerger une trop grande distance entre ce que l’on voudrait et ce que l’on peut concrètement faire au quotidien, et notamment en terme de régulation de ses propre émotions face au comportement immature de son enfant.

Les conséquences du stress sur le quotidien 

Le stress ressenti par les parents les gène assurément à se connecter à leurs propres émotions. Or ce travail est indispensable pour pouvoir rencontrer l’enfant et l’accompagner; Soit pour se dissocier, prendre du recul et aider l’enfant à relativiser, soit pour rentrer en syntonie, c’est à dire d’harmoniser ses émotions aux siennes pour renforcer son estime de soi.

Le stress a pour conséquence notamment d’activer des comportements automatiques, des réactions archaïques. Dans la majorité des cas, ces réactions trouvent leurs sources dans ce que le parent connait le mieux, ce qu’il a intégrer plus durablement et donc bien souvent en lien avec l’éducation qu’il a reçu.
Les premiers victimes de ces comportements archaïques sont les enfants: tout le contraire de l’initiative de départ!

Résultat: Le parent se retrouve face à un comportement non souhaité et c’est à ce moment que la spirale du stress doit être stoppée. Sans quoi la culpabilité viendrait s’inviter pour creuser un peu plus la distance entre “l’éducation idéale” et “l’éducation réelle”.

Otons-nous d’un stress et accordons-nous sur le fait qu’il n’existe aucune méthode éducative (ça se saurait!)

L’éducation positive et bienveillante doit être celle où tout le monde est entendu et respecté là où il en est dans son cheminement et particulièrement le parent.
L’enfant a besoin avant tout d’un attachement secure, d’une relation stable et fiable et donc d’un parent serein.
Chaque principe de la parentalité positive à du sens mais il est impératif que chaque parent puisse cheminer en confiance pour atteindre la posture juste pour lui et son enfant.
Il semblerait que l’épuisement parental soitquasiment inévitable mais s’il est vécu de façon consciente, les parents peuvent en sortir sans trop de séquelles…

Quelques astuces pour envisager une éducation plus sereine:

  • Apprendre à accueillir ses propres émotions, en prenant conscience de celles qui émergent lors des différentes situations avec son enfant (ex. de témoignage d’un jeune papa: “Je me mets systématiquement à gronder et réprimer mon enfant quand il exprime sa frustration en hurlant, c’est pour moi impossible de faire autrement même si je sais que ça ne va pas l’aider” ex. de question que l’on pourrait poser: “Ce papa ressent-il de la colère? Pourquoi l’expression de la frustration de son fils le met il en colère? Selon lui un enfant est-il en droit d’exprimer son mécontentement de la seule façon qui lui soit possible? Ce papa arrive t-il a exprimer facilement ses frustrations au quotidien?…”)
  • Admettre son émotion même quand elle nous a semblé inappropriée – “Le méa-culpa” – pour permettre à l’enfant de ne pas associer son comportement à la réaction parentale.
  • Pouvoir prendre du recul à deux et s’aider du conjoint, quand c’est possible, pour s’exprimer et analyser les situations conflictuelles et également pour passer le relai.
  • Pour trouver son propre chemin, il peut être intéressant de se faire aider par un accompagnant parental ou un/e psychologue.
  • Je conseille aux jeunes parents désireux d’explorer leurs émotions et leurs pensées le programme MBCP – Mindfullness-Based Childbirth et Parenting (naissance et la parentalité par la pleine-conscience) élaboré par Nancy Bardacke sage-femme duquel je vous parlerais davantage les prochaines semaines.

Nous en revenons à la rassurante et courante conclusion que prendre soin de son enfant passe par prendre soin de soi et de ses émotions.

Illustration: Gaëlle Correa